Matthew-Libatique-cinematographer-directeur-de-la-photographie

Chef-opérateur Matthew Libatique : l’expressivité avant tout

Voici notre premier portrait d’un grand directeur de la photographie : Matthew Libatique. Il a eu 50 ans le 19 Juillet dernier et compte à son actif 26 longs-métrages pour le cinéma et une cinquantaine de clips. Ce qui frappe lorsqu’on analyse son travail est la multiplicité des procédés employés, que ce soit à la […]
Voici notre premier portrait d’un grand directeur de la photographie : Matthew Libatique. Il a eu 50 ans le 19 Juillet dernier et compte à son actif 26 longs-métrages pour le cinéma et une cinquantaine de clips.
Ce qui frappe lorsqu’on analyse son travail est la multiplicité des procédés employés, que ce soit à la caméra, à la lumière ou au mouvement. Mais également la multiplicité des productions auxquelles il participe : long-métrage, clip, court-métrage, documentaire. Passant du blockbuster comme Iron Man de Jon Favreau (3 films en commun) au film d’auteur comme My Own Love Song d’Olivier Dahan.C’est un chercheur d’image qui même si on peut parfois reconnaitre sa patte, apporte systématiquement une subtilité au style qu’il crée. Il travaille souvent avec les mêmes réalisateurs, signe que son travail et sa personnalité sont appréciés. Sa collaboration avec Darren Aronofsky sur 8 films s’étale sur 25 ans.

Des styles cinématographiques variés : noir et blanc, couleurs, naturalisme et surréalisme

La notoriété de Matthew Libatique a commencé avec son travail sur Pi, premier long-métrage de Darren Aronofsky. Le film est une auto-production de 60 000$ qui va révélé le réalisateur mais également le chef-opérateur.
Le petit budget a sans doute joué sur le choix du matériel et sur l’esthétique de l’image : un noir et blanc en pellicule super 16 contrasté et détaillé au format 1,66. C’est une exception chez Libatique qui, petit à petit avec l’augmentation des budgets, va mettre en place un travail sur l’opposition de couleurs à la fois beau et expressif. Effectivement, très souvent il éclaire le décor avec une gélatine d’une certaine couleur tandis que le comédien sera lui dans une autre couleur. Ainsi le personnage et le décor se détachent clairement, existant d’une manière indépendante l’un de l’autre. Les couleurs choisies servant aussi à marquer une émotion. Un travail à la fois esthétisant et symbolique très présent dans ce clip de la chanteuse Rihanna



Ce travail stylisé est à contre-courant du naturalisme que le cinematographer aime aussi employer. On le retrouve sur Mother dernière œuvre en date de Darren Aronofsky ou sur le clip Mirrors de Justin Timberlake. La lumière est alors douce sur le visage, justifiée par une entrée de jour ou une lampe dans le champ. Elle viendra également beaucoup de dessus, creusant légèrement les orbites et le dessous du nez. Il en profite pour sous-exposer les visages et jouer sur les contre-jours pour apporter du cachet aux images. Avec cette texture lumière, il utilise aussi bien l’argentique 16mm que le numérique en Arri Alexa ou en Red Dragon (témoignant de son habileté à changer de support).

Enfin on peut distinguer un troisième style chez Libatique complètement opposé aux précédants : le surréalisme. Les couleurs sont en fausses teintes, c’est à dire ne semblent pas ressortir telles que notre œil les verrait. De plus la présence du projecteur est très marqué sur les visages, créant une sensation artificielle de l’image. Ce procédé correspond à des histoires imagées et lyriques comme le clip du groupe The Cranberries Just My Imagination (1999) ou le court-métrage de la photographe américaine Alex Prager La petite mort (2013) avec Judith Godrèche et narré par Gary Oldman.

 

Mouvement surréaliste dans le film Inside man de Spike Lee (6 collaborations)



La méthode Matthew Libatique : caméra, objectif, projecteur

Fils d’un père qui travaillait dans le développement de la pellicule, Matthew Libatique a très rapidement baigné dans le milieu de l’image. Il aime les matériaux et n’hésite pas passer sur des références qu’il n’a jamais utilisées pour photographier une œuvre. Ainsi il jongle entre le numérique et l’argentique et est l’un des seuls opérateurs à régulièrement utiliser les caméras Red sur des longs-métrages. Il recommande aux autres directeurs de la photographie de ne pas acheter leur caméra mais de plutôt privilégier la location afin d’expérimenter des modèles différents. Il en va de même pour le choix des objectifs. Sa tendance est aux séries fixes mais il change pour passer de l’anamorphique au sphérique, des récents Arri Zeiss Ultra Prime ou Cooke anamorphiques à des anciennes séries de Panavision ou Kowa.

En lumière également il est capable de varier ses plans de feu. Il est habile dans l’utilisation de plusieurs couleurs. Utilise la lumière directe en point chaud comme la diffusion et la réflexion. Pour les portraits il lui arrive d’employer 2 ou 3 projecteurs à la face du comédien, 1 en key light et 1 ou 2 autres projecteurs en dur ou en soft pour déboucher l’ombre et rester sur un écart de diaph raisonnable. Il peut placer la source principale légèrement au-dessus du visage, à sa hauteur, mais également en dessous-de celui-ce ce qui se fait plus rarement.

Black-Swan-film-Aronofsky-Matthew-Libatique-Mila-Kunis

Dans Black Swan (Darren Aronosky), pour lequel il a été nommé à l’Oscar de la meilleure photographie, il éclaire légèrement en dessous des visages.

Il apprécie les mouvements à l’épaule plutôt que le steadicam et même lorsque la caméra est stabilisée, on sent que les petits à-coups ne le dérangent pas.
Malgré son immense maîtrise il reste à l’affut de l’erreur, de l’imprévu et sait les exploiter. Ce qui est important lorsque l’on change souvent de matériels. Cet absence de la recherche de la maîtrise absolue, de la quête de l’accident permet à Libatique de proposer des plans très originaux aux réalisateurs.

Tout ce savoir, ces expérimentations, ces prises de risques, ce jeu sur la couleur, cette maîtrise du style classique, Matthew Libatique les met avant tout au service des films. Comme tous les grands chefs-opérateurs il dit que ses images doivent aider au propos et à l’esthétique. Ce qui lui vaut d’être très demandé par les metteurs en scène avec lesquels il a travaillé.
En 2018 et 2019 il ne sera pourtant qu’en premières collaborations. Avec Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland, Gangster Squad), sur Venom porté par Tom Hardy. Il sera aussi au générique de A Star is born, première réalisation de Bradley Cooper, que ce dernier interprète avec Lady Gaga. Enfin il sera sur la premier film du photographe Rachid Johnson, témoignant de l’intérêt de Libatique pour travailler avec des personnalités et des sujets qui l’inspirent et sur lesquels toute son intelligence s’exprime.

id dictum consectetur justo massa in